Texte de M.CHAMBLAS-PLOTON
BACKSTAGE. Ce matin il s’est levé tôt. Avant l’aube.
A l’hôtel, tout le monde dort. La veille, il a appelé la météo qui lui annonçait de la brume. Il a préparé son sac, ses appareils, ses films. Il a demandé de l’eau chaude pour son thermos, sorti d’on ne sait où un cake anglais. Vite, un coup d’œil à la fenêtre. Gris, mais pas plombé. Un gris intéressant, un gris moutonneux et mobile. Un gris qui va vite, qui court avec le vent. « Vous êtes priés de libérer la chambre avant midi. » Cette petite phrase épinglée sur la porte le fait toujours sourire. Il dévale les marches malgré le poids des sacs, dépose le trépied dans le coffre, démarre aussitôt. Complice, son 4 x 4 ronronne comme un chat. Pas un mot. Pas de radio. Juste lui et le ciel, lui et la route, lui et les nuages qui filent, la lumière qui s’avance à pas de loup. Le miracle qui recommence chaque matin pour celui qui sait voir. A droite, à gauche, une montée, la lumière qui s’amuse à lancer ses pépites. Des rayons ravageurs qui percent les nuages. Juste comme il les aime. Fugaces, à peine un quart de seconde pour un univers de magie. Puis, plus rien. Un virage, un autre.
C’est là ! Château-Gaillard… Dans une hanse de la Seine, ce qu’il reste du château de Richard Cœur de Lion.
Une ruine sublime perchée sur la pointe de ses remparts sur un piton rocheux. Que la fête commence !
Les nuages entrent en scène pour un strip-tease voluptueux.
Une danse des sept voiles qui enlace les murailles, les habille d’or scintillant, de rose duveteux, de bleu ouaté, de gris poudreux. Lui court, vole, escalade, redescend en courant, saisit au vol, n’en perd pas une miette. Puis le soleil prend de la hauteur, la fée lumière a rangé sa baguette. Rideau ! Un autre jour, à Versailles. Il rentrait. Au loin, dans un ciel d’orage, une promesse de quelque chose d’étrange, au-dessus du parterre de l’Orangerie. Une lueur divine. Une possible trouée juste au-dessus du bassin. Reflet dans un œil d’or qui ne lui échappera pas. Ailleurs, en Norvège ou au-dessus de la Mer de Glace, un ciel cristallin qui se mire dans l’eau. Où suis-je ? Où êtes-vous ? Au ciel, sur la terre, au fond d’un lac limpide ? Partout, il suit des yeux les eaux dormantes, ruisselantes, glacées, en cascades, en miroirs. Partout il guette la course d’oiseaux migrateurs des nuages. Partout il traque les lumières rares, obliques, diaphanes, ravageuses, inattendues, filtrées, incandesçantes. Partout, d’un clic, pour lui le temps suspend son vol dans un scintillement d’« instants d’éternité. »
Mic CHAMBLAS-PLOTON