Textes de Pierre BOURGEADE
Nude mood
Dahmane aime la femme, Dahmane aime la ville.
Dans la ville, Dahmane aime tout.
Il aime les pierres, le métal, les monuments, les rues, les squares, les esplanades, les lieux clos, les machines, les fleuves, les ciels, les lumières, la géométrie, l’immensité, la petitesse, le calme, la menace, l’ordre, le désordre.
Dans la femme aussi, Dahmane aime tout.
Il aime la chair, les os, les visages, les membres, les yeux, les mains, les pieds, les cheveux, les bouches, les nez, les dos, les ventres, les fesses, les sexes, le devant, le derrière, les dessous, les chaussures, les bas...
Il est homme et donc, de la femme, rien ne le laisse indifférent.
En tant que photographe, il nous dit aujourd’hui : la révolution numérique change tout ! Grâce à cette technique nouvelle , et à l’ordinateur, l’artiste pourra faire apparaître la femme la plus belle dans des endroits qui lui resteront à jamais étrangers - et cela “avec une netteté extraordinaire !”
Certes. Il semble, en effet, qu’au moment où paraît ce petit livre, la photographie en soit à un de ces tournants qui, depuis l’origine, ont marqué l’histoire de l’art, faisant qu’après eux les choses ne soient plus comme avant... Et l’on ne peut douter , qu’à l’égal des autres grands photographes actuels, Dahmane ne devienne, s’il ne l’est déjà, l’un des princes du numérique !
Cependant, à considérer les photographies choisies par Higgins pour composer ce portfolio, photographies réalisées naguère par Dahmane, on ne peut qu’être frappé par leur simple beauté, comme si, par elles, l’artiste avait voulu dire une sorte d’Adieu à l’argentique !
Loin d’entraîner la femme dans des lieux imaginaires, il la place dans des lieux connus d’elle, lieux tout aussi réels et présents qu’elle même.
L’émotion qui ressort de ces images est intense.
On reste sous le choc de cette conjonction femme/ville, le plus souvent Paris - choc de la chair vivante et de la matière matérielle... (Certaines images montrent la femme dans la femme, nous en parlerons peut-être une autre fois...)
Dans l’un des albums, très connus, d’où ont été tirées certaines de ces photos, Dahmane s’est plu à nous indiquer le prénom de ses modèles, le lieu, et la date à laquelle il les a photographiées : “Sigrun, Paris, 1993”, “Sandrine,
Paris, 1991”, Salomé, Soissons, 1999”etc. En lisant ces prénoms, je me souvins, qu’un jour, un poète, avait célèbré un nom qui était à la fois le nom d’une femme et le nom d’une pierre, rassemblant ainsi en un seul les désirs que rassemble Dahmane.
Qui était-ce ? De ma vie, je n’ai pris note, mais ayant fermé les yeux cinq minutes, je trouvai...Le nom était Jade. Le poète-philosophe, et grand amateur de rêves, Roger Caillois. En un instant, ayant trouvé le nom, je retrouvai le livre. (1)
“Jade : une tâche laiteuse... aux courbes pleines... On dirait un oisillon qui sort de l’oeuf... L’être en train de se libérer découvre l’aisance, la transparence... Une frange gris, d’une délicatesse merveilleuse... Effigie immuable dans la pierre compacte... fixées dans un instant une forme et une nuance pathétiques...
Etre écrivain, c’est se mettre à l’école de la modestie. On se dit : “Voilà ce que j’écris ...et voilà ce qu’écrit ce poète !”
Espérons que Dahmane, argentiquement ou numériquement, rendra un jour prochain, à une seule Jade - la pierre, la femme, l’hommage qu’il sait leur rendre.
(1) Roger Caillois, Pierres, Poèsie/Gallimard, 1966
Les pisseuses
S’il suffisait à l’être humain de pisser...
S’il suffisait à l’être humain de pisser pour devenir l’objet d’une oeuvre d’art, alors on peut penser que les innombrables femmes qui, par la peinture, la sculpture, la photographie, ont consacré leur vie à l’Art, n’eussent pas manqué de nous monter leur double humain, le mâle, debout sur ses deux jambes, et le sexe à la main, en train d’uriner contre le mur.
Or, le fait que ces femmes, toutes admirables, se soient abstenues de montrer cela, alors que, de la peinture attique conservée au musée de Naples qui nous montre une femme nue s’apprêtant à pisser au-dessus d’un vase, à la banale et sublime paysanne de Rembrandt qui, s’étant accroupie au détour d’un sentier accomplit vivement ce “besoin naturel”, écartant de la main droite son linge, la main gauche retenant son chapeau, les yeux prompts s’assurant que ni le Ciel, ni l’homme ne peuvent la surprendre, et des femmes urinant dans les oeuvres de Jérôme Bosch à celles qu’au plus fort de sa vieillesse, c’est à dire de son art, ne craignant pas de revenir au coeur des choses, dessina Picasso,
la pisseuse, soit l’être humain de sexe féminin, accroupie neuf mois sur dix, les cuisses écartées, le sexe ouvert, le cul rivé au sol, à l’opposé exact du visage, des yeux qui regardent ailleurs, le ciel, quoi, l’infini, n’a cessé de hanter, depuis l’aube des temps, l’esprit de l’artiste homme -qui n’a pas reculé devant ce qui fit reculer la femme, la femme peintre, la femme poète !
Il fallut en effet attendre plusieurs siècles pour que, prenant subitement sa place entre le lointain céramiste athénien et Pablo Picasso, un poète, un enfant , Arthur Rimbaud , se déclare pissant, dans les célèbres vers datés de 1871- il n’a pas dix-sept ans :
Doux comme le seigneur du cédre et de l’hysope
Je pisse vers les ciels bruns très haut et très loin
Avec l’assentiment des grands héliotropes
Le lecteur de ces pages sait combien de fois Stéphane Mallarmé vit (drôle de mot ici !) Arthur Rimbaud :une seule fois.
Et il sait ce qui, lors de cette unique rencontre, le frappa au point qu’il devait le relater par la suite (dans “Divagations”) : “Il a des mains de blanchisseuse”.
En 1871, les blanchisseuses lavent le linge à la rivière, maniant l’eau, souvent très froide, le savon et le battoir, on peut imaginer qu’elles ont les mains fortes et rouges, crevassées peut-être , on imagine donc Rimbaud tenant de cette main, forte, rouge, crevassée, sa queue, et au lieu ce jour-là, de pisser contre un mur ou par terre, de pisser vers le ciel le plus haut qu’il peut. Tous les petits garçons l’ont fait, le font et le feront , quoiqu’un seul, après des millénaires d’attente en fait un poème !
La peinture et la photographie américaines, nous ont montré, ces dernières années, des filles androgynes , provocantes, pissant debout dans les urinoirs -conques fixés dans les toilettes-hommes à bonne hauteur, et nous connaissons tous de jeunes personnes qui nous ont pissé dessus, les deux pieds sur le rebord de la baignoire au fond de laquelle nous nous étions étendus les yeux grands ouverts - tant pis si ça brûle - ou qui pissent ainsi, dans la cuvettte des wc ou le lavabo familier, debout , comme des hommes.
Mais, cela dit, elles pissent toujours de haut en bas, elles ne pissent pas vers le ciel, de bas en haut, comme des milliards de petits garçons , comme Rimbaud.
Tout est là !
La Pisseuse est inviciblement attirée par la terre. Contrairement à l’homme, elle ne peut échapper à cette loi, qui n’est pas seulement celle de la Pesanteur. En pissant accroupie, elle pisse vers le bas, elle signifie la division philosophique de l’humain - existentiel, mythique.
D’où la fascination de l’homme - ici dans ces extraordinaires photographies de Claud Fauville - pour ce geste des femmes, le plus banal qui soit ( et comment pourraient-elles faire autrement ? ) où s’inscrit, dans ce corps périssable, que l’on n’a pas choisi,ce qui, en l’être humain, selon le mot fameux peut-être faux, distingue l’ange de la bête.
Pascal écrit: « L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que faire l’ange fait la bête » ( Pensées ) - ainsi, au nom de tous, hommes et femmes, la femme qui pisse « fait la bête ».
Attache-moi
Marc
Approche, ô
Rêveur
C’est l’heure
(Whisky !)
Où je me tais,
Le moment où je suis prête à
Faire ce que je veux ! A combler tes
Fantasmes !
Attache-moi
Tourmente-moi
Torture-moi
Allonge-moi
Cordes…résilles…soie…collier de chien..
Honte à moi ! encore !…
Encore !…Entrave-
Moi !
Où ?…
Ici ! et
Maintenant !
Amène-moi
Rapidement à
Ces instants
(Wouah !)
Où j’accepte
L’obligation
Funeste mais
Fatale de me soumettre
A tes désirs…où
Ta volonté
Transcende la mienne !
Aujourd’hui je veux
Céder à tes
Hantises !
Emmène-moi très loin, Ô
Marc !
Où tu
Iras, je te suivrai
Merci,
Ami si proche !
Reçois
Ces gages d’une
Wondergirl qui n’
Oubliera jamais
L’Amour
Fragile et
Fou (eut dit André Breton)
Attaché à
Tes douces manies, à
Tes douces folies,
A cette douce
Complicité du bondage !
Homme mystérieux
Ecoute une femme :
« Mon érotisme n’est pas
Obscénité, mais
Ironie ! »
Spa
Vive
La douche
A deux, à trois ! Vive le
Spa
Touche mes
Îles dans ce torrent
Mes fesses tendent
Innocemment
Là est mon
Kul, là est ta fente
Unis très forts dans
L’eau brûlante !
A toi, à moi,
Seules,
Pour nous
Aimer !
Vive les Spa !
Lunettes noires
Amour, bas noirs !
Sous l’eau je plonge
Tire la langue
Imite-moi !
Mes pieds soutiennent
Ici les tiens, mes
Longues formes
Kif-kif les tiennes !…
Ultime image
Laissant nos cœurs
A nos errances…
Seules,
Pour nous
Aimer
Volupté de
La salle de bain !
Au plus
Secret de nos
Tendresses
Il y a ce rêve :
Mon amie et moi
Il y a
La liberté
Kula nous a
Unies et
Livrées
Aux plaisirs.
Seules,
Pour nous
Aimer !
Pierre BOURGEADE