Texte de Vincent BERNIÈRE
Qu’est-ce que je fous là ? C’est quoi cette chambre ? Sensation désagréable de ne pas reconnaître immédiatement l’endroit où j’ai dormi. Putain de chien qui m’a réveillé. Ouah, ouah. Froid. Me souviens pas trop de ce que j’ai fait la veille. Dîner ultra-guindé. Un type, qui ressemblait à Daniel Darc jeune, m’avait tapé une Lucky Strike. J’ai pensé : « Celui qui va mourir te salue. » Les gens ne savent pas se tenir. Je me rappelle une fille nue sous sa robe Chanel écrasant un mégot de cigarillo dans un pot de géranium. La vaisselle était sublime, le champagne excellent. On a fini sur le trottoir, ma femme et moi. Un jour, faudra quand même que je fasse gaffe à l’alcool. J’ai déjà arrêté la blanche. Faut bien commencer quelque part. Des montagnes, par la fenêtre. Une lumière aveuglante traverse les rideaux rouges. Je me rappelle ces mots d’Elton John. Une interview donnée à Vogue, je crois : « Chaque fois que je passe en avion au-dessus des Alpes suisses, je vois la quantité de cocaïne que je me suis mise dans le nez. » Une fille blonde au corps sublime. Avec de petites tablettes abdominales finement sculptées sur son ventre. Des cheveux courts sur les côtés. Un cul de jeune garçon. Me souviens pas de son visage. Un chapeau ou peut-être un masque. Ouah, ouah. J’ai jamais eu de chien. L’autre jour, mon thérapeute m’a dit qu’il fallait commencer par une plante, que si la plante survivait on pouvait passer à un animal domestique, que si l’animal se portait bien on pouvait réfléchir à entretenir une relation avec quelqu’un du sexe opposé. Je rêve d’avoir un petit enfant blond. On ira faire de la luge, tous les deux. On taquinera les sommets. Ouah, ouah. C’est sans doute un mâle en rut enfermé dans un chenil. Les gens pourraient s’occuper des bêtes, tout de même. Bordel, où est-ce que j’ai mis mon flingue ?
Vincent Bernière