Texte de Nadia BARRIENTOS
Le souffle est, selon le Taoïsme, une force vitale qui habite tous les êtres, qui irrigue jusqu’aux nervures insoupçonnées de l’immatérialité du monde.
Le regard de Bernard Descamps tient de ce souffle inconcevable.
Il dérobe à la transparence un contour invisible pour l’esquisse des corps ; corps qui semblent tanguer tant le cadre se refuse à leur dévoilement. Il arrache à la profondeur du regard la recomposition systématique de la réalité pour le voiler d’une étoffe autrement plus secrète, celle que l’on ne pourra jamais circonscrire tant elle effleure notre esprit par sa disparition même, tant elle fait signe de son effacement, tant elle se dissout dans l’instant du regard.
Des Femmes-Paysages, cartographies de l’invisible qu’aucun regard ne saurait parcourir. Que l’évanescence d’un souffle se targue d’avoir traversé. Souffle insolent, qui chuchote impunément aux nuques nues, offertes par quelque inadvertance sans doute, à un rayon trop brûlanT ; souffle qui se trahit aussi, qui susurre le tressaillement aux vertèbres que l’on devine sous les voiles aux légèretés inavouées, que l’on ne saurait caresser tant la lumière voyage, tant la lumière s’insurge.
Ce souffle que l’on ne peut que voir disparaître, ébauche des corps paysages qu’aucune géographie ne s’épuiserait à parcourir.
La lumière, l’eau, le sable sont innocents.
Leur impuissance attise la trajectoire du vent. Aveugles, ils troquent au souffle un regard absent.
Regard autrement plus capricieux qui ne capitule pas pris par le tournoiement des voiles, porté par la musique silencieuse du froissement des plis, brouillé par la sueur d’une chair chaude… C’est un regard qui épouse la dictature du vent et qui vient se briser dans les éclats de la brise. Il s’offre en sacrifice à un souffle qui n’inspire que des reflets.
Sa respiration n’est le signe d’aucun balbutiement, d’aucun mot, l’image est le gage de son silence.
Nadia BARRIENTOS