Texte de Jacques HENRIC
 
1 - Ô qui dira le sein de Marie, la gorge de Marie ?
« Marie, lui glisse à l’oreille Aragon, un nom merveilleux, un bruit banal et doux, comme une lèvre tremblante ».
Des mains vont t’approcher Marie. Tu te dépoitrailles un peu plus.
Elles vont pétrir ton sein, le caresser, l’empoigner, le malmener, le meurtrir, le caresser à nouveau. Ton sein est alors douleur, douceur, plaisir, douleur et douceur à nouveau.Tu dis : non, non, assez ; tu t’arques en arrière, le visage renversé ves une lumière qui t’éblouit. Tu dis : oui, oui. Et tu attends celui qui va mordre ton sein nu, et souiller ta gorge d’un chaud crachat d’amour.
 
2 - Pierre et Marie, non pas les Curie. Pas la multiplicatrice anarchique des cellules, pas la fission de l’atome,  pas le crabe qui vous prend dans ses pinces et vous déchiquette lentement et en douceur.
Non, Pierre et Marie, ce sont les fissions du sexe, les multiplications des cellules d’amour.
Ce n’est un crabe qui s’est posé au centre des cuisses ouvertes, sur le sexe humide et chaud de Marie, c’est une main à quatre doigts, c’est le désir et la volonté de Pierre qui a choisi ce signe d’os articulé pour nous désigner ton centre brûlant , Marie, pour le barrer, l’interdire, ou pour le préparer, faire surgir le clitoris, dégager les lèvres, et l’offrir,  ton sexe, à tout venant, et l’ouvrir à tout vent.
 
3 - Tes mains, Marie, je ne les reconnais plus. Sont-ce les tiennes qui ici  officient pour élargir tes ouvertures du bas ? Quel attirail somptueux et morbide pour que dans le creux de ton creux, le phallus osseux à grosse tête aille fouiller le charnier de nos âmes que tu dissimules en toi !
Le cochon qui sommeille en moi me souffle :
« Dans une vulve qui n’est pas sèche et un cul qui n’est pas serré, la Marie ne veut pas d’un vit mou.  De l’os, s’il le faut ! Du raide !Du dur ! »
Et le vil porc en moi continue : « Y a un bal de muqueuses qui t’attend, mon grand ! »
Moi : « Mais c’est qu’elle est prête à tout, ta Marie, mon Pierre ! A s’enfoncer l’os jusqu’au cœur ? » Pierre : « Jusqu’au cœur petit ! »
 
4 - Est-il l’heure de nier la mort à en mourir ? Grandiose instant où une nudité tragique est entière et irréparable. La poupée monstre le hurle. Marie au souffle coupé. L’âme résiste et se réfugie dans ton sexe, Marie. Où quelque douce et infernale main viendra la délivrer. Le pendu homme, dit-on, bande et lâche son foutre quand la corde l’étrangle. Tu bandes en toi, Marie. Chaleur et souffle ont quitté ta bouche et emplissent,  voluptueusement ton ventre. C’est ta doublure, la poupée leurre, que le néant a raidi. Toi, tu vis.
Pierre, avance vers elle, caresse son long bras droit qui pend, et baise ses doigts.
Ses lèvres glacées vont s’ouvrir pour tous.
 
5 - Force de femme, force du haut et du bas, peau tendue, cuisse blanche à toucher, vasque du ventre où rafraîchir nos mains, où tremper tes paumes brûlantes, Pierre,
étroite bonde du nombril par où un ciel entier pourrait disparaître.
Force de femme, que désigne l’œil de Pierre, cette longue fente vulvaire de Marie
qui va du con au cul.;
Est-ce moi, après Diderot, après le ciné-porno, qui vais prêter voix à cette blessure insondable ?
De quoi y perdre le  nord  et ma voix. À toi, Pierre, je te passe le relais. Pose ton appareil photo, prends tes fouets, tes godemichés, et mets-la à la question, la fente de Marie.
 
6 7 8 9 - J’ai fait un rêve. J’étais Bébert, ce mac à chapeau mou et à moustaches. Sale engeance de Pigalle des années 50. Y avait Peter, masqué. Y avait Paolo, en Méphistophélès. Y avait la diablesse Reine, longue et noire comme la nuit.
Quarteron de sadiques. Quatuor infernal. Tous voyous et tortionnaires.
Et Marie. Il y avait Marie, la douce, la fragile marie, séquestrée dans la salle de bain, un bandeau sur les yeux, prête aux humiliations, à la torture, au voisinage avec la mort.
La voici, en  sainte Blandine entrant dans l’arène, poussée au dos par Peter. Elle titube, tremble, de peur et de joie. En sainte et martyre, vous-dis-je.
Anneaux, chaînes, liens, fouets, cravaches, ont été préparés avec soin par Peter.À Bébert d’officier. Choisi pour la démolir, la Marie, au physique et au moral. La faire jouir. Au moral et au physique. Moi Bébert, missionné pour.
 
7 8 9 - Coups redoublés, jetée à terre, empoignée par les cheveux, traînée sur le sol, pincée, frappée au poing, au pied, poitrine, ventre et face écrasés, seins giflés, sexe fouillé, fouettée, flagellée, étranglée, cravachée, molestée, rossée,  obligée à lécher bottes et mollets, écartelée sur chevalet, pendue à une poutre, traitée comme goret qu’on va égorger, hissée comme christ qu’on va crucifier, liée comme pute qui a mal travaillé, et qui va salement morfler, menacée d’être enconnée et durement enculée, traitée comme chienne en chaleur, insultée comme femelle frigide non baisée, punie comme sainte nitouche qui en vérité ne cesse de se faire ramoner, comme une prostituée qui se faisant mettre n’aurait pas dû prendre son pied.
 
8 9 - À la douce Marie, si polie, qui dit « Monsieur » à son bourreau qu’elle ne peut voir, et qui, à chaque coup reçu, à chaque cri émis, le remercie :
« Quoi,  pas de barbe à ton con ! Con pas complet, malheureuse conne ! Des seins, ça ? À peine des couilles, oui ! Fais-les travailler, connasse, ces deux trous que Dieu, dans sa grande bonté, t’as foutus au cul !
Un cleps te bouderait la chatte ! À peine s’il serait tenté par ton anus suçoir !
Vulve imperforée de Marie, qu’ils disent dans la Bible ? Tu parles, un large conduit d’égoût  par où coulent les eaux sales ! Crache du con, garce, ou tu vas dérouiller !
Lèche ! Suce ! T’aime pas ça, salope ? »
Voix douce de Marie, à peine audible. Oui ? non ? Qu’a-t-elle répondu ? J’ai fait un rêve.  Oui, je sais, que Dieu, les hommes, me pardonnent, ce rêve ne ressemblait en rien à celui de Martin Luther King. Faut dire, à ma décharge, que Pierre, avec ses photos…
 
9- Courage de Marie
Force exaspérée et douloureuse de Marie
Plaisir rassasié de Marie
Égarement de Marie
Pureté de Marie
Gémissements de Marie
Prières de Marie
Nudité de Marie
Honte de Marie
Misère de Marie
Humiliation de Marie
Grandeur de Marie
Abîme de Marie
Égarements de Marie
Maîtrise de Marie
Docilité de Marie
Trivialité de Marie
Liberté de Marie
Petite mort et grande renaissance de Marie.
 
10 - Ce cul est un ciel posé sur de hauts talons. Quoi ? Qu’entends-je ? Se préparerait quelque bel étron ?  Quoi ? Vous me parlez de chiottes, de musc, de vaseline, de gode, de caca, de guimauve, de bidet, d’ordure, de membre, de moulure, de vieille argile, de couilles au cul, de pine au derrière, de rosbif, de chocolat,  d’amidon… ? Vous êtes vraiment trop cons ! Un ciel, vous dis-je ! Monté sur de hauts talons ! C’est un poète qui vous cause, et pas un joueur de piston !
 
11 - Gaffe, elle mord. Son maître est parti et l’a laissée là. Offerte à la saillie du premier saligaud qui va passer sur ce palier-là. Chienne jusqu’au bout des griffes.
Vulve enflée, jolies lèvres, prêtes à tout assaut. Qui va venir se mouler à ces fesses-là ? Gaffe, elle aboie si son maître revient.  Dévulvez vite fait s’il vous est venu de coïter, c’est pas un compréhensif le maître, il aime la fidélité.
Je l’entends remonter l’escalier. Il vient d’acheter son journal. Elle l’a senti. Elle va remuer son cul de contentement. Elle a déjà oublié qu’elle vient de se faire fourrer.
C’est une chienne. Faut pas tout lui demander, surtout pas de se rappeler ce qui s’est passé sur ses arrières.
Le maître : « Marie, c’est moi « « Ouaff ! ouaff ! »
12 - Marie, ou Jeanne ? Petite Jeanne aux cheveux courts, qui a quitté sa Lorraine, ses moutons, fait taire ses voix, laissé tomber Orléans, traité d’empaffés les Anglais, fait un bras d’honneur à ce gros porc de Cochon…  Petite Jeanne qui en a marre de se faire traiter de pucelle. Elle va leur montrer à ses troufions qu’elle a menés au combat, à ces soudards machos, à ce dépravé pédophile de Gilles de Rais, comment elle peut leur faire la pige, à tous ces malheureux enculés.
Elle a quitté son armure, s’est foutue à poil, et ce n’est pas avec une ceinture de chasteté qu’elle compte les sodomiser.
Jeanne. Marie. Ou Sardanapale, qu’importe. À y regarder de près, ce phallus coupé, qu’elle a ramassé, n’est-ce pas celui d’Abélard, ou celui  d’Héliogabale, l’anarchiste couronné ?
 
13 - Blanche, neige. Ou écoulement de blanche  lave. Feu blanc
Femme lumière.
Elle coule, brûlante dans nos veines. Jusqu’au cœur. Prosternée. Mais devant quel dieu ? Offerte. Mais à qui ? En attente. Mais de quel physique destin ? Le visage est dévoré par la nuit. Ce n’est pas par la bouche qu’une puissance du dehors va se manifester, mais par le cul. Elle attend, agenouillée, buste fléchi, jambes écartées. 
Elle sait que ce qui se prépare, ce qui va lui advenir, est énorme. Résignée, fébrile, paniquée, angoissée ? Vous rigolez.
Quel sens ont ces mots, là sur la photo où il n’y a que neige, lave, feu,
où tout n’est que lumière ?
 
14 - J’avoue : l’entrée de son âme est trop large pour mon vit. Ces deux mains compatissantes ont bien aidé à l’opération. En vain. À moi, les grands moyens !
Ce bijou gluant ne restera pas visité. Quelque aubergine extravagamment démesurée ferait l’affaire. Un manche de pioche. Un gode-épieu en or.  Une douille d’obus. Un essieu de camion. Prie, prie, aimée. Et oublie, tu en as le droit, par quoi la fragile muqueuse et l’ouverture de ton âme sont en train d’être pénétrées.
Elle me glisse, dans un souffle : J’ai tout mon temps. Vas-y doucement, petit.
 
15 - Douceur, plénitude de ces cuisses de femme. Leur étendue. Leur incompréhensible beauté. Comment ne pas comprendre le sourire crispé du tortionnaire hors champ, occupé à emprisonner un espace qui lui résiste, dont il ne saura jamais rien. Mélange en lui de compassion et de lubricité. Doux abandon de la torturée. Elle sait que ce n’est pas elle mais l’amour qu’il a déculotté et emprisonné.
Elle est nue, elle n’a pas froid. Ce bras, ces cuisses, ce torse, ces fines lèvres du con, sont étrangères au monde. Ce corps blanc, plein, est une sombre cachette.
Immatériel abandon de sa volonté, de son inviolabilité. Bonheur, sous les liens, sous la contrainte, d’être soi avec ce bras-là, ces cuisses-là, ces fines lèvres du con-là. Ployé, son corps intérieurement s’élève étrangement. La part égarée d’elle-même a retrouvé son assise. Elle est prête. Prête à tout ? A tout.
La joie de cette vie-là !
 

Jacques HENRIC
Rayographies
pierre Bourgeade
Coll. Erotica n°28
Les 98
Auteurs
de A à Z
Willy PERSELLO
Patrick POIVRE D'ARVOR
Iggy POP
Eric REINHARDT
Sophie RICHARD-REISEN
Frank ROTHE
Didier ROUZEYROL
Laure SAVAGE
Romain SLOCOMBE
Klavdij SLUBAN
Christine SPENGLER
Serge STREIBEL
M. SUZUKI
Alain TARLET-GAUTEUR
Gaël TEICHER
Félix TORRES
Klara VERLINDEN
J.M. WILMOTTE
Alfred WOLF
Christophe BLASER
Patrice BOLLON
Pierre BOURGEADE
Emmanuelle BOUSQUET
Roland BRIVAL
Ellen BROKENSHA
Judith BROUSTE
Olivier CAPDEVILLE
Robert CAPIA
Bernard CATHONNET
Jonathan CHAUVEAU
M. CHAMBLAS-PLOTON
Sylvestre CLANCIER
Tony CRAWLEY
Guillaume CORNEILLE
Marie-Laure DAGOIT
DAHMANE
Marie DARRIEUSSECQ
D. DAVVESTAS
freddy DENAËS
Hervé Le GOFF
Stéphan LEVY-KUENTZ
Richard LEYDIER
Marie Anne LORGÉ
Diana LUI
Baron M (Matthieu CHEDID)
Claude MAGGIORI
Géraldine MARTIN
Jessy MARTINEZ
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Ivan MESSAC
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Alain MINGAM
Yan MORVAN
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Brigitte OLLIER
Jean-marc PATRAS
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J-M. DUROVRAY
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Jacques HENRIC
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