Texte de DAHMANE
Les nouvelles technologies ont soudainement offert au photographe une liberté inespérée, comparable à celle dont jouissent de toute éternité les peintres, sculpteurs et autres plasticiens que j’enviais tant. Auparavant, mes modèles, que cela me convienne ou non, se trouvaient inextricablement et définitivement liés aux endroits dans lesquels je les avais photographiés, décors divers et variés dont je tentais sur le moment, désespérément et avec la dernière énergie, d’extraire le meilleur, sans possibilité de « repentirs ». Ma quête, perpétuelle et fastidieuse, de lieux presque toujours inaccessibles allait enfin cesser grâce à un prodigieux logiciel venu du futur.
Quel bonheur de pouvoir dorénavant choisir en toute tranquillité et selon ma fantaisie le fond dans lequel je vais intégrer un nu sans sacrifier l’illusion de vraisemblance photographique. Tout devient possible, l’improbable fusion du graphisme pur et froid de certains fragments urbains avec la délicatesse du corps et des traits féminins par exemple. Mes modèles les plus réservés se retrouvent dans les lieux les plus fréquentés sans en paraître autrement troublés, les passants ne semblant d’ailleurs pas particulièrement interpellés par leurs charmes pourtant triomphants.
Sont-ils blasés, est-elle transparente ? Ici, objets géants ou lilliputienne ? Là, King Kong trouve à qui parler - Et ces accortes touristes, comment ont-elles pu oublier de mettre une jupe?! - A moitié nue dans les rues du Caire, de Damas ou même de Delhi, par les temps qui courent, est-ce bien raisonnable? Encore y fait-il chaud.
Avouez que certaines de mes amies n’ont pas froid aux yeux, à poser comme ça, en plein hiver, par moins quinze, à Oslo ou Stockholm. Brrrr. Avec cela, d’une effronterie, d’un flegme!
Des touches d’humour ou d’onirisme, parfois involontaires, viennent colorer ces images de tonalités qui m’étaient absolument inaccessibles dans mes nus classiques. L’élément érotique, environné de signes contradictoires, se fait moins appuyé, quand il ne se résout pas à n’être qu’une composante parmi d’autres, discret catalyseur des autres impressions.
Voici donc mes cités idéales, épurées, recadrées, plutôt paisibles et dépeuplées, sans odeur ni bruit de diesel, mais ornées de beautés en tenues légères, délicieuses et candides jeunes femmes qui n’auraient jamais croisé d’importuns, visions non pas fugitives comme elles se présentent parfois certains jours de chance en été, quand le vent et la lumière se font les alliés objectifs des esthètes, voyeurs et autres fins observateurs, mais au contraire images permanentes, consultables à loisir et n’ayant à mes yeux qu’une faiblesse, ne posséder que deux dimensions.
DAHMANE