Texte de Claudia HUIDOBRO
Les visages sont nus, sans fards, tendus vers la lumière.
Les miroirs en enfilade invitent à la parade, choisir lequel me dira que je suis belle. «Open your eyes, close your eyes» c’est la douce comptine du maquilleur « close your mouth » aussi.
Le cliquetis des fers à friser, les nuages de laque « non non, ça n’abîme pas les cheveux ! ». Dehors il pleut, un café puis deux.
Le livre que je n’arrive pas à lire en continue, les bribes de conversations qui me ponctuent, où en étais je déjà ?
Les éclats de rire légèrement hystériques, les cigarettes allumées sans trop y réfléchir, je déambule, j’essaye mes escarpins, ils font un peu mal mais ça devrait aller. « Pour le temps que ça dure », c’est le titre d’un film que je connais.
Encore une heure ou deux...
Attendre allongée, pieds nus en faisant attention au vernis pas encore sec, poser la tête sans déranger les épingles et puis la fatigue qui se partage entre l’ennui et la tension, tiens la bande son est lancée... Ah ! elle s’arrête pour recommencer, y aura-t- il une répétition ?
Les photographes se faufilent entre les portants, visent, demandent la permission ou pas, ils font leur travail mais pour quel journal déjà ?
Les caméras rôdent, le film est commencé cette fois !
Aller jeter un oeil de l’autre côté du rideau, apprécier le parcours, compter les pas, pourquoi pas ?
Lire les noms sur les chaises de ceux qui applaudiront, les noms c’est important.
Voilà que des coulisses j’entends quelqu’un hurler des prénoms à la pelle, tout s’accélère, quoi déjà on m’appelle ?
On s’agite autour des retardataires, vite ! les dernières retouches, on dessine les bouches rouge sang, la couleur fatale que je préfère !
Une fille s’accroche à son téléphone tandis qu’elle se déshabille, elle parle fort tout en regardant à la ronde, une façon de dire qu’il se passe quelque chose...
On entend la rumeur du public qui a empli la salle, une drôle de petite chaleur s’installe dans ma poitrine et m’oppresse. « On s’est tous défilés », c’est le titre d’un film que je ne connais pas.
Les corps graciles se glissent un à un dans des robes de rêve, des images apparaissent, tout se met à miroiter et l’on sert le champagne pour cet instant d’ivresse...
Claudia HUIDOBRO