Textes de Sophie RICHARD-REISEN
Cabinet de curiosités
Les travaux photographiques noir et blanc de Michel Medinger se caractérisent par les étranges atmosphères qu’ils dégagent. Dans ces natures mortes photographiques patiemment assemblées, les composantes animales, végétales et mécaniques sont posées, mélangées, cousues, clouées, suspendues, jusqu’à ce que les formes et les patines s’accordent. Les détails infimes et les clairs-obscurs délicats ne font que renforcer le fait que l’œuvre de Medinger a quelque chose de trouble. Ses cabinets de curiosités surréalistes suggèrent la sensualité sans tomber dans l’obscénité, évoquent la mort sans jamais être macabres, car esthétisés, inspirent un certain malaise sans être ouvertement angoissants ; Eros et Thanatos sont résolument les maîtres mots de ce travail effectué depuis près de vingt ans. A travers chaque cabinet de curiosité, Michel Medinger raconte une histoire. Ou plutôt, chaque photographie produit une ambiance particulière, un état d’esprit singulier. Si telle nature morte évoque la beauté d’une fleur ou la finesse d’une arrête de poisson, telle autre traduit une certaine tristesse ou un érotisme latent. Tel est précisément le mérite du photographe luxembourgeois : ses univers kafkaïens nous renvoient finalement à nos propres fantasmes et mélancolies.
Roulottes de chantier
Les roulottes de chantier de Michel Medinger se dérobent à l’interprétation. Photographiées avec objectivité et neutralité, toujours avec un même point de vue frontal, ces images évacuent d’emblée toute subjectivité. Les roulottes ont été choisies pour leurs qualités plastiques et formelles, qui apparaissent ici dans une variété insoupçonnée. En réunissant plusieurs clichés, l’artiste compose ses œuvres selon une démarche conceptuelle qui n’est pas sans rappeler celle de Bernd et Hilla Becher. Mais au-delà de cette approche esthétique, ces photographies sont abordées par Medinger comme des compositions constructivistes. C’est précisément face à cette énigmatique abstraction de l’objet que le spectateur est à la fois démuni et libre de trouver une interprétation personnelle. Sans rien avoir perdu de leur pouvoir évocateur, les roulottes de chantier de Michel Medinger se présentent aujourd’hui tels des souvenirs fanés d’un temps révolu. Commencée à la fin des années soixante-dix et achevée au milieu des années quatre-vingt, cette série propose désormais une nouvelle lecture documentaire et sociologique qui n’est pas pour déplaire à l’artiste.
Sophie RICHARD-REISEN