Texte de Patrick POIVRE D'ARVOR
« Ni la matière, ni l’espace, ni le temps ne sont depuis vingt ans ce qu’ils étaient depuis toujours. » Voilà ce qu’écrivait Paul Valéry entre les deux guerres. Et, de fait, ce fin lettré mais aussi cet esthète, ami de tous les arts, décrivait fort bien ce qu’était l’arrivée spectaculaire de l’abstraction dans la peinture.
Au début du XXème siècle, les premières peintures abstraites rompent désormais avec le monde des apparences et proposent une autre interprétation de l’existant. Les chefs de file ont pour noms Kupka, Kandinsky, Malevitch, Mondrian… Ce sont eux qui vont donner sens et essence à l’abstraction dont l’irruption marque un virage radical vers une expression non figurative. Ils avaient en commun une pratique spirituelle, un goût très sûr pour la musique et une connaissance avancée de la science. Nous sommes alors en pleine découverte de la physique quantique et, grâce à la théorie de la relativité, la notion de réalité devient très subjective.
Dans la lignée de ces précurseurs, l’abstraction se décline de mille manières, au gré de l’inspiration et du talent de chaque créateur. Il était fatal qu’un jour les photographes s’en inspirent à leur tour. Et parmi eux, l’un de mes amis, dont je suis le travail avec admiration depuis maintenant une trentaine d’années : Olivier Dassault.
On ne le connaît souvent que sous d’autres facettes : l’aviateur, l’ingénieur, le politique. Moi, c’est le photographe qui m’intéresse. Avec lui désormais, les prises de vues sont des visions redimensionnées de la réalité. Il met savamment en scène l’architecture du quotidien par des jeux de lumières, de matières, de couleurs et intrigue nos sens en proposant différentes lectures de ses œuvres. Quand on les observe, de loin, de près, puis de nouveau de loin, le regard se métamorphose et découvre la géométrie secrète qui erre derrière chaque chose. Il y a là des lignes, des formes, des couleurs qui ne demandent qu’à éprouver notre propre vision du monde. Et ce monde-là, celui d’Olivier Dassault, me plait bien.
Patrick POIVRE d’ARVOR