Texte de Jonathan CHAUVEAU
« Toute vie est, bien entendu, un processus de démolition. »
Francis Scott Fitzgerald
Tel un peintre impressionniste obsédé par le même paysage,
Pierre Henri Chauveau a photographié pendant cinq ans les anciens docks de New York.
Irrésistiblement attiré par le parfum de désastre ancestral qui persiste sur ces rives de l’Hudson, à chacune de ses méditations devant ce morceau décrépi de l’histoire des Etats-Unis, il a pétri quelques-unes de ces ruines dans le grain rugueux des pellicules polaroïds. Après un long processus de maturation dans son atelier de Paris, ces images ont été exposées pour la première fois à la galerie Matignon.
Enclave à décomposition lente au cœur d’une ville effervescente, les « collapsed piers » de Pierre Henri Chauveau sont rongés par une lèpre invisible : les poteaux de soutènement des jetées fondent doucement dans l’eau maussade tandis que les carcasses effondrées de dinosaures métalliques se souviennent des millions d’émigrants que les paquebots géants déversaient dans leurs entrailles.
Jour après jour la municipalité new-yorkaise rase ces décombres d’un autre âge.
Auteur également d’un travail sur la ville fantôme de Pripiat à Tchernobyl, les vestiges du monde moderne s’imposent ici comme l’un des thèmes de prédilection de Pierre Henri Chauveau.
Jonathan CHAUVEAU