Texte de Jean-Christophe BÉCHET
Vent de sable, ou l’Afrique incertaine
« L’étranger ne voit que ce qu’il sait » dit un proverbe africain. Et en Afrique un homme blanc avec un appareil photo est toujours un étranger...
J’ai réalisé mes premières « vraies » photographies en Afrique de l’Ouest, il y a un peu plus de vingt ans. J’ai vécu au Cameroun. J’ai traversé le Mali et le Burkina-Faso, puis le Niger, le Nigeria et l’Algérie. Deux grands voyages et un séjour de 16 mois. Aujourd’hui je ne sais plus si je connais cette Afrique-là.
Vingt ans, c’est à la fois beaucoup et bien peu quand on se replonge régulièrement dans ses photos. Aujourd’hui, que me reste-il de ces années africaines ? Quelques idées, forcément; quelques visions, bien sûr; quelques images évidemment. Et sans doute, une éducation du regard et de la vie.
Je revois : des hommes et des femmes qui marchent sans cesse et sans but apparent le long d’interminables routes droites. Des enfants qui surgissent de partout, bruyants et accueillants. Des femmes transportant de lourds fardeaux sur leur tête. Des hommes assis, calmes et résignés qui attendent, attendent. De superbes gandouras se détachant d’un univers fait de poussière, de saleté et de misère.
Et l’exubérance des villes, le bruit, le désordre, la folie de ses marchés. Puis le silence du désert, la solennité de ses habitants. La fierté d’être là face à ce sable qui avance, qui envahit maisons et plantations lors de tempêtes qui transforment hommes et femmes en ombres incertaines et fuyantes...
Restent des photos, des moments plutôt que des instants, des atmosphères plutôt que des anecdotes. Dans le calme et l’incertitude du sable, du vent et du voyage.
Jean-Christophe BÉCHET
« Il ne se considérait pas comme un touriste, mais comme un voyageur. La différence tenait, entre autres, au facteur temps, expliquait-il. Alors que le touriste se hâte, en général, de rentrer chez lui au bout de quelques semaines ou de quelques mois, le voyageur, toujours étranger à ses lieux de séjour successifs, se déplace lentement, sur des périodes de plusieurs années, d’une contrée de la terre à une autre. En fait, il aurait été bien en peine de dire où, précisément, des nombreux endroits où il avait vécu, il s’était senti le plus chez lui » Paul Bowles, Un thé au Sahara