Texte d'Anne BERTRAND
Intimity n’existe pas – le mot, mais les images, si. Et l’intime qu’elles décrivent ? L’intimité de qui ?
L’idée rapprochée de l’accessoire : ce masque originellement de catcheur ou lutteur mexicain, adopté dans d’autres circonstances, ailleurs, loin, comme une parure ambiguë, troublante, excitante pour toute une société de jeunes gens des villes en Europe, jeunes, beaux, de jeunes femmes, jeunes hommes, des couples, qui loin de se battre, jouent…
Chez eux ils jouent. Dans ces intérieurs même où ils vivent, ensemble ou non, se rencontrent, se découvrent, se séduisent, mènent une vie sociale et personnelle, la partagent un temps.
L’artiste avec eux joue un autre jeu. Choisissez votre masque, je vous photographie telle ou tel qu’en vous-même, au quotidien sinon au naturel, tel que les autres ne vous voient pas, tel que seul un intime vous voit.
Pour lui, pour eux, l’aspect ludique prime. On est bien loin du combat dans l’arène, sur le ring, et à une distance certaine du sexe réel ou même simulé. Les postures, si elles sont tout sauf anodines, n’accentuent pas vraiment la provocation.
La partie entre l’artiste et ses modèles est égale, le lien de complicité ; l’effet voulu n’est pas de tension, malaise… mais pour d’autres ?
Les attitudes, gestes saisis, de l’aveu même de celui qui les photographie, sont ceux de tous les jours, ou presque.
A un tigre près ? L’environnement immédiat n’a rien d’exceptionnel, il est plus juste de le dire ainsi.
Certains verront dans ces portraits une comédie, un jeu de rôles, un travesti, puis s’attacheront à ces détails qui bien évidemment n’en sont pas – car enfin, que voit-on ? D’autres s’arrêteront au caractère équivoque, dérangeant d’une imagerie associée à des pratiques qu’ils n’ont pas, qu’ils connaissent mal.
En d’autres termes, c’est bien d’intimité que parle Lionel Bayol-Thémines, sous couvert d’un terme inventé, approximatif, assumé. Intimité, mais quelle ? Celle de ses modèles ; celle de personnages interprétés (car metteur en scène et acteurs sont complices) ; celle que leur prêtent les spectateurs. La leur, ou la nôtre ? A quoi ressemblent-ils, dans l’intimité ?
L’artiste fait diversion.
Anne BERTRAND